Complexité de la crise agraire d’un écosystème de montagne en Haïti. Quelles voies d’amélioration des conditions de vie paysanne et de préservation du milieu ? - PASTEL - Thèses en ligne de ParisTech Access content directly
Theses Year : 2019

Complexity of the agrarian crisis of a mountain ecosystem in Haiti. Which ways to improve peasant living conditions and preserve the environment ?

Complexité de la crise agraire d’un écosystème de montagne en Haïti. Quelles voies d’amélioration des conditions de vie paysanne et de préservation du milieu ?

Abstract

Haiti has experienced significant deforestation during the last century. On the slopes, reduced forest cover results in severe soil erosion and generates important damages downstream. In response to this problem, agricultural land use restrictions and reforestation of areas most exposed to erosive risk have been the main response of the Haitian government and international organizations for several decades. Thanks to the case study of the area of La Borne, located in the Matheux mountain range and uphill the large rice plain of the Artibonite, this study aims to analyze the impact on farmers of projects that prevent the use of rural lands other than for reforestation purposes. We also consider alternative ways of development that would reach both objectives to preserve mountainous ecosystem while improving the food and economic situation of peasants.This research was based on extensive fieldwork. It has shown that the area’s population growth during recent decades has been associated with an increase in cultivated areas. This has been made possible by a reduction in the duration of fallow and an extension of crop area to the steepest slopes. The reproduction of soil fertility in cultivated areas, which is permitted by association with livestock, is compromised by fodder availability and farmers’ investment capacity. They evolve indeed in a socio-economic context economically very unfavorable. These factors limit the size of their livestock. Yields and organic matter content of soil quickly decline, leading to a increasing erosion on the slopes. The analysis of the agrarian system of La Borne made it possible to understand that agricultural land use limitation in the most eroded areas, except for reforestation purposes, would result in further reduction of fodder supplies and would accentuate existing imbalances. The poorest farmers, whose farming activity depends mostly on the exploitation of targeted areas, would be the first to be affected.Some farmers in the region have begun implementing profound transformations that contribute to solving the fertility crisis of the ecosystem. They have adapted and used with a systemic approach several techniques acquired during development projects. Thanks to a strong intensification of work, they have built terraces on the slopes and managed to better control runoff water. It enables them to develop new farming systems which rely on fodder introduction and associated crops under tree cover. The outcome is increased soil organic matter rate, better infiltration capacity and improved crop yields. Implementation of these practices requires a secure land tenure and an access to suitable equipment, which is relatively expensive. These new farming systems offer an alternative way of development that both limit soil erosion and increase food production on mountains areas, taking into account peasants interests.
Haïti, pays au relief montagneux, a connu un déboisement important tout au long du dernier siècle. La disparition du couvert forestier sur les pentes se traduit par une forte érosion des sols qui engendre des dégâts sur les terres agricoles situées en aval et des coulées boueuses potentiellement meurtrières. Face à ce problème, la restriction des usages agricoles et le reboisement des pentes les plus exposées au risque érosif constituent la principale réponse apportée par le gouvernement haïtien et les organisations internationales. Cette recherche se propose, à partir du diagnostic de l’agriculture de la région de La Borne, située dans la Chaîne des Matheux et en amont de la grande plaine rizicole de l’Artibonite, d’analyser quel serait l’impact d’un projet de mise en défens de terres agricoles pour leur reboisement sur les différentes catégories d’agriculteurs. Il s’agit également de réfléchir à des voies alternatives de développement qui permettraient à la fois de préserver l’écosystème cultivé tout en améliorant la situation alimentaire et économique des exploitations paysannes.Cette recherche a été basée sur un travail de terrain approfondi. Elle a permis de montrer que l’accroissement démographique qu’a connu la région au cours des dernières décennies s’est accompagné de l’augmentation des surfaces cultivées. Celle-ci a reposé sur une réduction de la durée du recrû dans les rotations et sur une extension des cultures jusqu’aux pentes les plus fortes. La reproduction de la fertilité du sol sur les espaces cultivés, permise par l’association avec l’élevage, est de moins en moins bien assurée à mesure que diminuent la disponibilité fourragère et la capacité d’investissement des agriculteurs, qui évoluent dans un contexte socio-économique très défavorable, toutes deux limitant la taille de leur cheptel. Les rendements diminuent et la baisse du taux de matière organique des sols favorise leur érosion sur les pentes. L’analyse du fonctionnement du système agraire a permis de comprendre que la mise en défens des espaces les plus érodés pour leur reboisement se traduirait par une nouvelle réduction des disponibilités fourragères et viendrait exacerber les déséquilibres existants. Les agriculteurs les plus pauvres, dont le fonctionnement du système de production dépend en grande partie de l’exploitation des zones ciblées, seraient les premiers affectés.Certains agriculteurs de la région ont commencé, moyennant l’adaptation et l’utilisation systémique de techniques acquises dans le cadre de projets de développement, à mettre en place de profondes transformations qui participent à résoudre la crise de fertilité de l’écosystème cultivé. Grâce à l’aménagement de terrasses sur les pentes et à une meilleure maîtrise des eaux de ruissellement, au prix d’une forte intensification en travail, ils sont parvenus à développer de nouveaux systèmes de production. Ceux-ci reposent sur l’introduction de cultures fourragères et sur des cultures associées sous couvert arboré, qui permettent d’accroître le taux de matière organique du sol, sa capacité d’infiltration des eaux de ruissellement ainsi que les rendements. Ce nouveau mode d’exploitation du milieu, dont la mise en œuvre requiert une sécurité de la tenure foncière et l’accès à un équipement adapté et relativement coûteux, constitue une alternative de développement agricole qui permet à la fois de limiter l’érosion des sols et d’accroître la capacité de production des écosystèmes cultivés, dans l’intérêt de la paysannerie.
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  • HAL Id : tel-02947199 , version 1

Cite

Adeline Bouvard. Complexité de la crise agraire d’un écosystème de montagne en Haïti. Quelles voies d’amélioration des conditions de vie paysanne et de préservation du milieu ?. Géographie. Institut agronomique, vétérinaire et forestier de France, 2019. Français. ⟨NNT : 2019IAVF0015⟩. ⟨tel-02947199⟩
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